Michael Mesfin «Je n’existe que par le lien»

By | 22 septembre 2013

4119728850_aaba378fe8_zMichael Mesfin, fondateur de Siltan est un metteur en lien. Il a l’élégance naturelle des peuples anciens, fiers de leur histoire et attentifs à la qualité des nombres comme à leur quantité. Designer de services, il rend tangible l‘invisible et se définit come un entrepreneur « pragmacadémique », à la fois pragmatique et sensible à la rigueur scientifique et aux fondamentaux. Il mène de front une aventure d’entrepreneur avec sa société de conseil Siltan (qui veut dire «empowerment» en langue amharique) et l’écriture d’une thèse sur l’importance de la narration dans l’innovation de services à l’Université de Genève.

Dans votre entreprise de conseil, vous innovez en mettant en lien des territoires jusqu’alors cloisonnés, pourquoi ?
J’ai toujours été passionné par les rapports qu’entretiennent les organisations avec ce qu’elles ont à offrir. Trop souvent, les entreprises n’ont plus conscience de leurs véritables ressources créatives, prise par le quotidien. Aujourd’hui, une entreprise ou une personne ne peut plus être en décalage entre ce qu’elle dit et ce qu’elle fait. Or dans les entreprises confrontées à toujours plus de concurrence, les risques de dissonance sont gigantesques. Mon métier, c’est de révéler le schéma narratif qui traverse la culture de l’organisation, ses services et son engagement social. Les entreprises du futur seront celles qui cultivent leur singularité au-delà de tout stéréotype et clichés. C’est comme pour une personne. Aujourd’hui, il appartient à chacun de nous d’être capable d’exprimer ses talents et de les rendre lisibles pour les autres.

En quoi le réseautage est important ?
Les silos jadis garant dune plus grande productivité ne suffisent plus à alimenter la créativité. Pour ne pas tarir la source créative, il faut bâtir sur les acquis, accepter une histoire et adopter une philosophie d’assemblage. Accepter des mariages improbables, dépasser les certitudes, se jouer de l’avenir. Le défi est de s’engager avec les usagers, dans le but de découvrir de nouveaux équilibres, en jouant avec les actifs de l’entreprise, ses pratiques et ses services.

Quand avez-vous péris conscience de l’importance des réseaux ?
Je suis un Éthiopien à Genève avec pour conséquence d’être né dans les réseaux. La force d’une diaspora avec une famille dispersée dans le monde, c’est de bâtir des ponts pour rester en lien. C’est aussi une façon d’accepter d’autres cultures, d’en être curieux. Cette idée de lien s’applique partout et à n’importe quelle échelle. Je n’existe que par le lien. On ne vit plus dans une idée unilatérale de conformité (compliance), mais de co-conformité. Dans une entreprise, j’interviens non pas comme un metteur en scène, mais comme un metteur en lien. Le défi est de mettre en lien les bons registres, les bons genres, pour révéler une culture existante. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de se perdre dans l’action frénétique, mais de développer sa qualité d’ « être », durablement.

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui se lancent dans la vie professionnelle ?
Un engagement professionnel ne se fait pas par correspondance. Il s’agit d’aller au plus près de ce qui fait la réalité d’une entreprise. Et ce qui crée cette réalité, ce sont les personnes qui y travaillent. Cherchez à les rencontrer, les connaître, les interviewer, leur demander conseil. Il ne s’agit pas de poster un CV qui n’est qu’une pâle copie de qui vous êtes, mais d’oser la rencontre avec d’autres êtres humains. Sans confondre le culot et le courage !